L'OMC ET LA CRISE DU LIBERALISME

CRISE DE L’OMC, CRISE DU LIBERALISME 

 

Les négociations de l’OMC se déroulent actuellement à Genève. Les points d’achoppement sont toujours les mêmes : les subventions agricoles et les tarifs douaniers.  Cet article fait le point sur la question. 

 

Les quatre membres les plus influents de l’OMC, les USA, l’Union Européenne, l’Inde et le Brésil, appelés G 4, se sont réunis cette semaine à Potsdam pour relancer les négociations multilatérales sur la libéralisation des échanges commerciaux. La réunion a non seulement échoué mais cet échec a signé l’arrêt de mort du G4 selon le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, une déclaration confirmée par le ministre indien du commerce Kamal Nath qui a ajouté que « c’est la fin du voyage pour le G4 ». Celso Amorim qui fut l’un des principaux animateurs du groupe 21 déclara à Cancun en 2003 que « l’objectif du G20 était de rapprocher le système commercial multilatéral des besoins et des aspirations des pays marginaux qui n’ont pas eu l’occasion de bénéficier des fruits de leurs efforts et qu’il était grand temps que cet état de fait change ». Les points d’achoppement entre les USA et l’Union Européenne d’un côté le Brésil et l’Inde de l’autre portent sur l’ouverture des marchés aux produits industriels occidentaux moyennant des concessions sur l’agriculture. Les Brésiliens et les Indiens reprochent aux américains l’insuffisance de la de baisse des aides concédées aux agriculteurs qui est de 17 milliards, une somme qui reste en dessous de 22 milliards de dollars promis initialement mais qui est toujours au dessus de ce qu’ils reçoivent actuellement et qui est de l’ordre de 11 milliards de dollars. La question posée n’est pas seulement celle de la faillite du cycle de Doha mais aussi les causes qui y ont conduit. On est amené à se demander si, au delà de la crise qui secoue actuellement l’OMC s’il n’y a pas également le symptôme révélateur de la faillite du libéralisme comme le plat d’accompagnement idéologique de la globalisation économique.

 

LANCEMENT DU CYCLE DE DOHA POUR UN COMMERCE MONDIAL EQUITABLE

 

Rappelons d’abord dans quel contexte est née l’OMC, l’Organisation Mondiale du Commerce. C’est un organisme des Nations Unies chargé d’établir des règles transparentes et équitables pour le commerce mondial. Elle a été créée à l’issue des négociations entamées à Marrakech en 1994 et la finalisation du Cycle de l’Uruguay Round. Depuis la réunion de Seattle en 1999, les pays en développement demandent une réforme des règles actuelles du commerce international jugées trop favorables aux pays industrialisés du Nord. En 2001, l’OMC lance le Cycle de Doha né dans un contexte politique particulier et dans un climat de tensions internationales lié aux attentats du 11 septembre. Ses initiateurs avaient alors établi un constat entre le terrorisme et la pauvreté. Le terrorisme est devenu, disaient-ils, un problème mondial et pour lutter efficacement contre ses causes, il fallait une réponse collective et une approche multilatéraliste visant à aider les pays du Tiers Monde à se développer économiquement. C’est dans cet état d’esprit que des négociations ont été engagées entre les 149 membres de l’OMC en novembre 2001 à Doha, la capitale du Qatar, appelé depuis le cycle de Doha ou cycle du développement. La Déclaration ministérielle de Doha a insisté sur la nécessité d’établir des nouvelles règles du jeu pour favoriser le développement et la croissance des pays en développement. Parallèlement, la déclaration de Doha a mis en avant le multilatéralisme comme principe directeur dans les prochaines négociations entre les 149 membres de l’OMC. Depuis le cycle de Doha, plusieurs rencontres eurent lieu à Cancun en 2003, à Genève 2004, à Hong Kong 2005, à Genève en 2006 et à Davos en janvier 2007. Les cinq dossiers les plus importants qui ont fait l’objet d’âpres discussions concernent l’agriculture, les produits industriels, les accords de propriété intellectuelle et la santé publique, les traitements spécifiques et différenciés pour les pays en voie de développement.

 

Depuis les promesses du cycle de Doha, six ans ont passé sans qu’aucun des accords vitaux pour les pays du Sud n’a été conclu notamment sur l’agriculture, la propriété intellectuelle, la santé publique, l’accès aux marchés des produits non-agricoles. Face aux tergiversations et aux atermoiements des pays industrialisés, les pays en voie de développement ont décidé de réagir en se groupant dans des blocs solidaires. Au mois d’août 2003, un groupe de 21 pays appelés le G21 composé du Brésil, de l’Inde, du Pakistan, de la Chine, de l’Argentine, de l’Afrique du Sud, de Cuba, de l’Egypte, du Nigeria, du Mexique, de l’Indonésie, du Vénézuela, de la Thaïlande, du Chili, du Guatemala, de la Bolivie, du Costa Rica, des Philippines, de l’Equateur et du Paraguay. Depuis, la Colombie et le Pérou se sont retirés de ce groupe. Le G21 est composé des plus importants pays en développement en Afrique, en Asie et en Amérique Latine représentant 55% de la population mondiale et près de 70% de la production agricole. Le G21 a concentré naturellement l’essentiel de ses critiques sur le dossier agricole et il a exigé des réformes structurelles profondes dans le domaine de la réduction des aides accordés à la production et la suppression des subventions aux exportations agricoles. Bien que la part de l’agriculture ne représente que 8% dans le commerce international, il y a tout de même trois milliards d’individus qui sont concernés par la question agricole. D’où l’importance de ce dossier pour les pays en développement. À Cancun, les pays africains se sont rapprochés des pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) et des pays des PMA(Pays moins avancés) pour constituer le G90. Ces alliances peuvent être considérées comme les plus importantes depuis la formation du Groupe du G 77 qui luttait à l’époque pour l’établissement d’un nouvel ordre économique international. Le groupe de 77 a été créé en 1964 à la première conférence de la CNUCED par les pays en développement qui étaient alors au nombre de 77. Ce groupe ne défendait pas seulement le principe de la revalorisation des matières premières mais l’instauration d’un nouvel ordre économique mondial, plus juste et plus égalitaire. Or c’est cet élan de solidarité qui a été brisé par la crise de l’endettement des pays du Tiers-Monde et par l’obligation de négocier chacun de ces pays de manière isolée avec les organismes prêteurs comme le FMI et la Banque mondiale.

 

LE CYCLE DE DOHA A L’EPREUVE DES FAITS

 

Nous avons vu que la déclaration de Doha s’était fixé pour objectif principal, l’établissement à long terme d’un commerce équitable et l’édiction des législations relatives aux restrictions et distorsions touchant aux marchés agricoles mondiaux. C’est le dossier agricole qui se trouve depuis 2001 au cœur des négociations entre les pays développés et les pays en développement. Trois questions ont été âprement débattues lors des discussions multilatérales depuis le cycle de Doha: l’accès au marché, le soutien interne à la production et les subventions aux exportations. Il y a d’abord du taux moyen des crêtes tarifaires appliques aux produits agricoles qui se situe autour de 62% alors que celui des produits industriels est passé de 40% à 4% entre 1945 et 1995. Les crêtes tarifaires appliquées par les pays de l’OCDE sur certains produits d’exportation des pays africains dépassent parfois un taux de 100% voire 550% et atteignant même parfois le 900% dans certains pays. Un deuxième problème concerne les droits de douane dont le taux élevé frappe les principaux produits d’exportation des pays en développement notamment ceux des pays africains comme le café, les oléagineux, les fruits et les légumes. Les taux imposés par les pays de l’OCDE restent très élevés et tournent autour de 44% pour les farines, de blé, 25% pour les jus d’orange et 30% pour le sucre raffiné au Japon et de 42% pour le lait aux USA. Ces barrières tarifaires qui restent très élevés malgré les promesses de les réduire lors de l’Uruguay Round, contrastent avec les niveaux de protections très bas des pays africains qui ont été contraints de procéder à des programmes d’ajustement structurels imposés par la Banque mondiale et par le FMI.

 

Pour les obstacles tarifaires et les tarifs douaniers, les pays africains demandent une réduction sensible du soutien interne appliqué par les pays de l’OCDE qui subventionnent leurs produits à hauteur de 20% du PIB agricole et allant parfois jusqu’au 50% pour la moitié d’entre eux. À ce problème de subventions s’ajoute un différentiel de productivité entre les pays développés et les pays en développement qui diminuent leurs différentes formes d’aide qu’ils accordaient jadis à leurs paysans au nom des principes d’équilibre macroéconomiques que leur imposent les organismes financiers prêteurs. De ce fait, l’Afrique s’est trouvée en l’espace d’une décennie dans une position concurrentielle défavorable à cause de l’archaïsme de ses structures agricoles et des aides à la production accordées par les pays développés à leurs firmes agroalimentaires qui pratiquent une politique de dumping ruineuse pour la paysannerie des pays en développement. Cela s’est traduit aussi par la détérioration des termes de l’échange des pays africains où les petits paysans sont incapables d’affronter la concurrence étrangère que leur imposent les firmes multinationales agroalimentaires. Certains pays ont perdu non seulement leur autonomie alimentaire mais ils sont devenus dépendants de l’importation des produits agricoles. Près de 90% des subventions mondiales sont le fait de l’Union Européenne et les crédits à l’exportation fréquents aux USA et qui sont une forme déguisée de subventions n’ont seulement pas reculé mais ils ont connu une forte augmentation ces dernières années.

 

Un autre dossier crucial qui a constitué la pierre d’achoppement lors de la réunion de Potsdam est celui du coton. Il faudra expliquer pourquoi. L’affaire du coton a commencé à l’initiative du Bénin qui a exigé, au nom de trois autres pays, le Mali, le Tchad et le Burkina-Faso, l’arrêt des subventions pratiquées par les pays développés producteurs du coton comme les USA et l’Europe, entraînant ainsi une baisse des cours mondiaux privant certains pays producteurs, comme l’Inde, le Pakistan, l’Ouzbékistan et les pays africains, d’un important manque à gagner. Cette baisse a eu une autre conséquence dramatique, l’aggravation de la pauvreté dans certains pays africains comme le Bénin qui, au lieu de soutenir ses producteurs pour faire face à la chute des cours mondiaux du prix du coton, cherchait avant tout à savoir comment rembourser ses dettes extérieures. On comprend pourquoi le Brésil et l’Inde ont claqué la porte des négociations lors de la réunion de Potsdam quand on sait que ces deux pays sont deux gros producteurs mondiaux du coton. Le dossier du coton est donc devenu un dossier emblématique et pour les pays africains pauvres comme le Mali et le Bénin et pour des grands pays comme l’Inde et le Brésil.  

 

Un autre dossier important lancé par le cycle de Doha est celui de la propriété intellectuelle. Lors de la réunion de Genève de 2002, les délégués ont discuté de la question de l’accès aux médicaments pour lutter contre certaines épidémies comme le VIH/sida, la malaria ou la tuberculose. Pour protéger leurs intérêts financiers, les grands laboratoires pharmaceutiques américains comme Merck et Pfiser n’ont pas voulu céder leurs licences sans paiement de droits de redevances réclamés par les pays en développement qui en ont besoin pour produire des médicaments génériques. Cette réunion fut un échec faute d’un accord sur la cession des droits des brevets.

 

Les négociations de Cancun en 2003 n’ont pas été plus fructueuses que celle de Genève. Le dossier agricole a buté sur les questions de la réduction substantielle des différente formes de soutien des pays de l’OCDE, de l’accès au marché pour les produits non agricoles, de la santé et des droits de la propriété intellectuelle.

 

Après l’échec de la rencontre de Cancun, des critiques ont fusé de toutes parts contre l’OMC considérée comme une institution dominée par les pays nantis dont la politique est elle-même conditionnée par les intérêts et les stratégies commerciaux des puissantes sociétés multinationales. La crise de l’OMC s’est transformée en crise du multilatéralisme mis en avant par les pays en développement lors du cycle de Doha pour réussir leur insertion dans les échanges mondiaux par l’ouverture des marchés des pays industrialisés à leurs produits d’exportation et pour corriger autant que faire se peut, les effets dévastateurs de la globalisation économique. Mais l’esprit du cycle de Doha ne pouvait trouver une matérialisation dans les faits, car il était trop tard et il allait à l’encontre d’un monde devenu unipolaire depuis la disparition de l’Union soviétique et d’une contre force susceptible de contrebalancer d’une part l’hégémonie militaire et politique des USA et d’autre part, de desserrer l’étau des institutions globales comme le FMI, la Banque mondiale ou l’OMC autour des pays en développement.

 

EFFETS DEVASTATEURS DE LA GLOBALISATION SUR LES PEUPLES DES PAYS DEVELOPPES

 

Au moment où les pays sous-développés sont soumis au diktat des institutions financières internationales qui les obligeaient à mettre en place des politiques d’austérité draconiennes et des programmes d’ajustement structurels, les pays développés érigent des barrières douanières, tarifaires et non tarifaires pour protéger leurs marchés contre la concurrence étrangère. Le libéralisme commercial et politique n’est autre chose qu’un discours et un libéralisme en trompe-l’œil dans la mesure où les pays développés qui en ont fait leur credo et leur principe sacro-saint depuis deux décennies, demandent aux pays en développement d’ouvrir leurs marchés à la concurrence tout en pratiquant eux-mêmes de la concurrence déloyale menant à une politique du dumping destructrice pour l’agriculture du Tiers Monde. Les Etats-nations du Sud qui sont tombés depuis les années 1990 sous la coupe des institutions supranationales, le FMI, la Banque mondiale et l’OMC sont désormais gérés comme une entreprise capitaliste au mépris de leurs populations qui ont tant besoin de santé et d’éducation. Il n’y a malheureusement pas que les pays en développement qui sont tombés dans le piège mortel de la globalisation promise par l’OMC, les pays développés européens ont, eux aussi, cédé aux sirènes de la globalisation économique et aux effets dévastateurs de l’idéologie qui la porte, le libéralisme. Grâce aux mass medias contrôlées aujourd’hui par des grands groupes industriels et avec la complicité des élites arrivistes et d’une caste de parvenus à l’intérieur des Etats-nations du vieux continent, la conversion au libéralisme a anéanti en une dizaine d’années, des acquis démocratiques arrachés de haute lutte par des générations d’hommes et de femmes. Des grands Etats-nations européens comme la France et l’Allemagne qui, en opérant leur conversion à l’idéologie libérale, ont perdu leur indépendance politique en perdant la maîtrise de leur politique économique dont les grandes lignes sont dessinées, décidées et dictées désormais par une filiale en Europe des institutions globales, en l’occurrence l’Union Européenne qui exerce son droit de regard, par exemple, sur le seuil toléré de 3% du déficit budgétaire et qui assujettit ses membres, comme c’est dit dans le projet de traité constitutionnel européen, au principe de la concurrence libre et non faussée,  le même principe qui est imposé par le FMI et la Banque mondiale aux pays en développement. À cet égard, le cycle de Doha a joué un rôle destructeur non seulement sur l’agriculture des pays en développement où des millions de paysans ont perdu leurs moyens de subsistance, mais il a aussi entraîné le démantèlement d’un modèle social européen mis en place dans le cadre de l’Etat-Providence en soumettant des secteurs traditionnellement non marchands dans la société comme la santé et l’éducation à la loi du marché et de la concurrence.

 

Les effets de la globalisation économique et la mise en place des politiques libérales dans tous les pays de l’OCDE se traduisent par l’augmentation de la pauvreté à grande échelle. Le fossé entre les riches et les pauvres n’a jamais été aussi grand. Avant l’avènement de l’ère libérale, la lutte contre le chômage était la priorité des politiques économiques des gouvernements ; aujourd’hui, le premier souci des gouvernants est le démantèlement de l’Etat social sous prétexte de la compétition internationale. Le nombre de chômeurs dans les pays de l’OCDE était de 8 à 10 millions entre 1950 et 1973 alors qu’il a atteint les 35 millions entre seulement 1995 et 2000. la croissance économique était beaucoup plus élevée dans les années 1970 alors qu’aujourd’hui elle est pratiquement nulle malgré une croissance exponentielle dans le commerce international. Cela montre que la globalisation économique est un mouvement fondamentalement parasitaire, car elle est fondée sur les mouvements des capitaux qui sont devenus volatiles au gré des zones géographiques les plus rentables. Les délocalisations sont la preuve du caractère parasitaire de la globalisation économique qui ne se traduit pas par des investissements productifs dans les biens d’équipements par exemple qui sont susceptibles de générer des emplois stables et bien rémunérés. La précarisation du travail ne met pas seulement la croissance économique mais aussi menace à terme l’unité nationale en entraînant une augmentation des emplois précises et le nombre de pauvres. Il devient très urgent de trouver une alternative à cette descente dans l’abîme causée par la globalisation économique et l’idéologie libérale dont elle est le support.

 

EFFETS DEVASTATEURS DE LA GLOBALISATION SUR LES PAYS EN DEVELOPPEMENT

 

Pour Pascal Lamy, l’intégration des membres les plus vulnérables dans le commerce international est le meilleur espoir de croissance et de réduction de la pauvreté. Les faits apportent un démenti cinglant à cette affirmation. Le cycle de Doha a montré ses limites et pour cause, l’enracinement profond d’un système planétaire tentaculaire mis en place depuis le début du XVIe siècle qu’est l’économie-monde qui est réfractaire à toute réforme et surtout pas par des mesures purement cosmétiques. Loin de contribuer au développement économique des pays du Tiers-Monde, le cycle de Doha a révélé la nature profonde et intrinsèque de la globalisation économique qui, étant un système potentiellement criminogène pour le genre humain, ne peut, bien au contraire, qu’aggraver la pauvreté, les inégalités et le sous-développement dans les trois quarts de la planète. Depuis la création de l’OMC, le nombre et le pourcentage des peuples vivant avec un dollar à deux dollars par jour ont augmenté dans les régions subsahariennes de l’Afrique, du Moyen-Orient, en Amérique Latine et en Caraïbe. En Afrique, le revenu par tête qui a augmenté de 40% de 1960 à 1980, a baissé de 10% entre 1980 et 1988. En Amérique Latine, le revenu par tête qui a accru de 82% entre 1960 et 1980, ne s’accroît aujourd’hui que de 4% par an et par personne. Les politiques libérales mises en œuvre dans certains d’Amérique Latine entre 1980 et 2000 ont été soldées par une baisse du revenu par tête de 5%. Le monde de la mondialisation libérale voit mourir tous les jours 24 000 personnes à cause de la faim, de la pauvreté et de la maladie en même temps que les multinationales agroalimentaires comme Nestlé et Danone, des laboratoires pharmaceutiques et des banques connaissent une augmentation exponentielle de leurs profits. Au Mexique, la dérégulation du service des télécommunications a entraîné un monopole de fait entre les mains d’un seul homme, un mexicain d’origine libanaise, Carlos Slim, qui a pu augmenter sa fortune en une année de 2 milliards le dollars devenu selon la revue américaine Forbes, la troisième fortune du monde. Les normes imposées par l’OMC à l’agriculture indienne ont poussé selon le gouvernement indien environ 100 000 paysans indiens ruinés au suicide. Loin de desserrer le monopole des brevets et de la propriété intellectuelle, le cycle de Doha a, au contraire, contribué à la formation de grands groupes pharmaceutiques qui imposent les prix qu’ils veulent là où ils veulent. On peut dire qu’avec la globalisation économique, les firmes multinationales se trouvent évidemment dans leur élément naturel

 

D’après des études faites sur les résultats escomptés du cycle de Doha, les gains pour les pays en développement ne dépassent pas 16% sur les 54 milliards de dollars attendus seulement en 2015, ce qui représentera un centime d’euros par personne et par jour. Les gains escomptés pour le Brésil et pour l’Inde sont seulement juteux pour les agrobusiness mais nuls voire désastreux pour les fermiers et les paysans brésiliens et indiens.

 

GLOBALISATION ECONOMIQUE, FACTEUR DE GUERRES ET DE VIOLENCE

 

Les acteurs qui ont lancé le cycle de Doha ont considéré la pauvreté et le sous-développement comme les principales causes du terrorisme. C’est une idée très simpliste pour être prise en considération. Le terrorisme a ses sources profondes dans l’humiliation des hommes et l’atteinte à leur dignité, à leur culture et à leurs traditions parfois millénaires. C’est l’existence d’une économie-monde impérialiste fondée sur le pillage des ressources naturelles et sur l’accumulation du capital qui est le terreau idéal du terrorisme et qui le nourrit d’ailleurs en sous-main. Car cette économie-monde engendre non pas de la pauvreté mais de la paupérisation qui est un phénomène intrinsèquement lié à la polarisation et à la division du monde en un Centre qui pille et exploite les ressources naturelles des pays de la périphérie. La globalisation économique qui correspond à un état de développement à grande échelle de l’économie-monde génère de la paupérisation qui elle-même est porteuse de guerres permanentes. Ce sont les guerres que mènent sans cesse les bénéficiaires de la globalisation économique et politique pour maintenir l’accumulation du capital à un niveau élevé qui provoquent des réactions endogènes dont le terrorisme constitue l’antidote et la réponse biologique appropriée à des agressions du monde ambiant. Le terrorisme, contrairement à ce qui a été dit lors des négociations du cycle de Doha, n’est pas la cause de la pauvreté et du sous-développement, il est l’arme de ceux qui sont les victimes d’un système impérialiste et d’une économie-monde qui marginalisent et qui humilient l’être humain en le ravalant à une simple marchandise. L’homme ne naît pas terroriste, c’est un environnement criminogène qui le secrète quand l’homme est acculé au néant, poussé à bout de ses nerfs et sombré dans le désespoir. Il est surprenant de constater lors des négociations du cycle de Doha, l’absence d’un dossier destiné à réguler le commerce des armes. Pourtant le commerce des armes est un des problèmes essentiels du commerce mondial au vu de l’importance des sommes générées par ce secteur d’activité. Si on a oublié de l’évoquer à Doha, c’est parce ni les pays développés ni les pays en développement voulaient réguler ce commerce un peu spécial et sensible. Et pour cause : ce commerce-là est extrêmement lucratif et pour les fabricants d’armes qui trouvent leur compte et leurs comptes bancaires et source d’enrichissement pour les élites des pays en développement qui, en récompense pour services rendus à leurs maîtres qui se trouvent généralement dans les pays développés, détournent souvent une partie substantielle des aides destinées initialement à nourrir leurs populations affamées pour la placer dans les coffres forts des banques suisses ou dans les paradis fiscaux. L’exemple le plus récent est celui du scandale de l’affaire YAMAMA du nom de l’ancien ambassadeur saoudien à Washington qui a servi d’intermédiaire dans la vente d’avions anglais à l’Arabie saoudite en touchant au passage environ deux milliards de dollars. Ce n’est pas une simple coïncidence de constater, à lire le rapport 2007 de l’Institut International de la recherche pour la paix de Stockholm (SIPRI) qu’au moment des négociations multilatérales pour jeter les bases d’un commerce juste et équitable, les dépenses militaires continuent à grimper et elles ont atteint la somme de 1204 milliards de dollars rien que pour l’année 2006. Les USA ont dépensé 432 milliards de dollars pour lutter contre le terrorisme; cette somme atteindra 2267 milliards de dollars en 2016. Comme le montre le rapport du SIPRI, ce sont les zones géographiques riches en pétrole et en gaz qui seront le théâtre des conflits armés dans les prochaines décennies non seulement au Moyen-Orient mais aussi en Afrique, en Asie Centrale, en Amérique du Sud et dans l’Asie du Sud Est. Pour la production des armes, ce sont les USA qui occupent la première place avec 40 sociétés qui ont vendu pour 290 milliards de dollars, un chiffre représentant 63% du total de vente d’armes dans le monde durant l’année 2005. Suivent 32 sociétés européennes avec 29% et 9 russes avec 2%. A quoi ça sert d’élaborer des règles et de conclure des accords multilatéraux quand en même temps les pays développés énergétivores se préparent militairement pour venir le cas échéant occuper les zones géographiques stratégiques riches en ressources naturelles nécessaires à leurs industries ?

 

En définitive, on peut dire que le cycle de Doha, comme toutes ces réunions internationales orchestrées à grand renforts médiatiques à l’instar du sommet de G8 réuni récemment à Heiligendamm en Allemagne, s’apparente plus à un effet d’annonce et à du cosmétique politique qu’à une réelle volonté pour établir des règles justes et équitables dans le commerce mondial. Le cycle de Doha a arrivé bien plus tard pour jeter les bases d’un multilatéralisme ardemment souhaité par les pays en développement qui ne peuvent que constater à leur grand regret, que le train transportant leurs rêves d’un monde divers et multilatéral est déjà passé et que le monde dans lequel est entrée l’humanité depuis l’effondrement du bloc soviétique, est devenu unipolaire, uniforme, monotone et atrocement ennuyeux.

 

 

FAOUZI ELMIR

 

MOTS CLES : cycle de Doha, OMC, libéralisme, crise.

 



Article ajouté le 2008-07-24 , consulté 23 fois

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