LES MASSES ALIENEES
LES MASSES ALIÉNÉES
La mort de Michael Jackson et les délires médiatiques et populaires qui s’ensuivent montrent un phénomène inhérent à la société capitaliste, l’aliénation des masses. L’aliénation est engendrée par la division du travail qui sépare l’homme des produits de son travail et par l’asservissement du créateur par l’objet de sa création. On ne peut parler d’aliénation que lorsque les hommes voient la division du travail comme une puissance qui les asservit et à laquelle ils doivent se soumettre. La conséquence sociale et psychologique de l’aliénation est la désintégration des anciens cadres sociaux, familles et communautés et l’émergence de l’individu solitaire, l’homme de masse. Mais la dissolution de la communauté en atomes individuels a été une condition nécessaire de la propagande politique qui doit rassembler les individus pour en faire une masse mobilisable à volonté.
La manifestation subjective la plus remarquable de l’aliénation est à la fois l’impuissance et l’impression de non-sens. Les hommes aliénés sont avant tout des hommes du non-sens qui ont perdu le sens du mouvement et de l’orientation dans l’espace et dans le temps. La perte de sens dans les sociétés capitalistes apparaît d’abord dans l’utilisation du temps et de l’espace qui sont mesurés l’un et l’autre en fonction de la production, du rendement, de l’efficacité. La ville n’est plus un espace fait pour les hommes mais les hommes pour la ville. L’espace urbain est un espace déshumanisé dominé par de gigantesques moyens techniques destinés à créer les conditions objectives et subjectives de la production de la plus-value et de sa reproduction à échelle élargie. Le temps n’appartient pas non plus aux hommes, car la vie quotidienne est morcelée suivant une logique mercantile et une organisation qui vise de plus en plus à l’efficacité technique et économique et à l’exploitation des hommes. De plus, le temps est manipulé par les mass medias qui abrutissent et qui annihilent toute faculté critique chez leurs victimes. Le temps est un temps mesuré en cadences, en prix horaires et en nombre d’objets produits. Même le temps dit libre est un temps volé et exproprié comme la plus-value au salarié, car les mass media, aux mains de quelques groupes capitalistes dominants, manipulent le psychisme individuel pour inciter les masses à la « consommation culturelle », source de profit pour les grands capitalistes mais aussi des loisirs débiles et abrutissants pour les hommes. Certes la technique a permis la libération du temps libre mais ce temps libre est récupéré soit dans les heures supplémentaires pour rentabiliser des machines de plus en plus coûteuses soit par la canalisation des activités dites de loisirs par des profiteurs qui trouvent des proies faciles pour développer la consommation dans le sens le plus avantageux pour leurs affaires. En se laissant guider par le sens des choses et des événements qu’imposent la classe dominante et ses relais médiatiques et culturels, les hommes ont perdu le sens de leur propre vie et celui de leurs propres conditions d’existence. C’es, à proprement parler, une aliénation du sens.
Si le temps et l’espace sont l’expression du non-sens et de la désorientation des hommes dans les sociétés capitalistes, c’est parce que tout est calculé, non en fonction du profit et du bine collectifs mais de la quantité d’argent que peuvent entasser et accumuler des individus et des groupes privés. Certes, l’argent est le signe de la réussite personnelle, de l’efficacité et de la puissance, mais comme l’argent n’a pas de sens en lui-même, la vie devient un vide sidéral. Les hommes ne peuvent plus donner un sens à leur travail qui devient simplement un moyen de gagner de l’argent soit pour survivre pour les pauvres soit pour se donner des « loisirs » pour les plus riches soit pour acquérir et exercer de la puissance pour la classe privilégiée. L’individu totalement dépossédé du sens n’a plus conscience ni de ses aspirations ni de ses conditions d’existence. Il devient en quelque sorte étranger à lui-même. L’aliénation est par conséquent la dépossession de l’individu de ses moyens intellectuels, condition de son renoncement involontaire et de son asservissement social, économique, politique, idéologique et culturel. Dans nos sociétés actuelles, il n’y a pas que le prolétariat qui est victime de l’exploitation capitaliste, il y a aussi un prolétariat de soumission composé d’hommes aliénés et asservis mentalement et intellectuellement. Il y a sans aucun doute des individus qui ressentent confusément les effets d’un système qui les opprime et dont ils sont victimes mais ils s’avouent impuissants pour réagir contre cette domination. Cette inertie et cette impuissance engendrées par l’aliénation et le non sens ont été maintes fois exprimées par les uns quand ils parlent de la solitude dans la foule et par les autres quand ils évoquent le néant, l’absurde et le mythe de Sisyphe (Camus). Le système capitaliste incite les hommes à courir de plus en plus vite mais pour aller où ? De quelque côté que l’on se dirige, c’est encore et toujours le vide et le non sens que l’on rencontre à la fin de la course. C’est parce que les hommes ont perdu le sens du mouvement et de l’orientation dans le temps et dans l’espace, qu’ils s’accrochent désespérément à des idoles et à dieux vivants. Avant, ce sont les saints qui faisaient l’objet de dévouement et d’adoration, aujourd’hui, ce sont les amuseurs publics de tout poil, chanteurs, acteurs du cinéma, hommes politiques, etc On ne comprendrait pas les réactions délirantes des masses à l’annonce de la mort de Michael Jackson si l’on perdait de vue le phénomène de l’aliénation qu’engendre la division du travail dans les sociétés capitalistes.
FAOUZI ELMIR Mots-clés : Mort Michael Jackson, aliénation, masses, mass medias,


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