DES CHAUSSURES D'AL ZAIDI A LA COLERE D'ERDOGAN
DES « CHAUSSURES DE LA VENGEANCE » D’AL ZAÏDI À LA COLÈRE D’ERDOGAN : DEUX MANIÈRES DE DÉNONCER LE MANICHÉISME D’UN ORDRE INTERNATIONAL
C’est le coup de colère du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan lors du Forum économique mondial à Davos en Suisse qui fait la une des journaux, un geste salué par son peuple, le Hamas et les peuples arabo-musulman. Erdogan est devenu un héros et un homme politique atypique qui n’hésite pas à manifester ses sentiments publiquement pour dénoncer à la fois l’injustice et le manichéisme d’un ordre du monde. Rappelons en quelques mots l’incident qui s’est produit lors de la réunion annuelle du Forum économique mondiale organisé à Davos en Suisse. Au cours de la séance consacrée au conflit du Moyen Orient, le premier ministre turc a quitté précipitamment la salle en protestant contre son temps de parole trop court (12 minutes) par rapport à celui donné au président israélien, Shimon Peres (25 minutes) et contre les applaudissements très nourris du public présent dans la salle pour le discours de ce dernier. Comme le montrent les images de télévision et d’Internet, le président de la séance n’arrêtait pas d’interrompre le premier ministre turc pendant qu’il répondait au discours provocateur de Shimon Peres.
Recep Tayyip Erdogan quitte le Forum et Davos
Il est assez intéressant de mettre en relation l’incident de Davos, avec l’image des chaussures lancées par le journaliste irakien, Moutazer Al-Zaïdi en direction du président américain George Bush lors d’une conférence de presse à Bagdad, avec cette phrase « c’est mon baiser d’adieu, espèce de chien ». Ce geste vengeur du journaliste irakien de la chaîne TV Al Baghdadia avait alors soulevé l’enthousiasme des foules et il avait été salué par des manifestations de soutien un peu partout dans le monde au point qu’un richissime saoudien s’était proposé d’acheter pour un montant de vingt millions de dollars les fameuses « chaussures de la vengeance »(selon LCI).
Figure 2 LE BAISER D’ADIEU D’AL ZAÏDI A BUSH
PREMIER EXEMPLE DE MANICHÉISME
Ces deux gestes d’Al Zaïdi et d’Erdogan, bien qu’ils se manifestent d’une manière différente et qu’ils aient lieu dans un espace–temps différent, expriment au fond la même révolte face à un monde manichéen dominé par l’idée de la lutte du Bien contre le Mal. Songeons un peu à l’axe du Mal de George Bush. Les forces du Bien sont naturellement incarnées par l’Occident et ses valeurs de démocratie et de droits de l’Homme. Les forces du Mal, pour faire bref et court, ce sont tous ceux qui critiquent ces valeurs ou qui ne s’y reconnaissent pas. Notre intention ici n’est pas de dire qui a tort et qui a raison mais de montrer que la vie internationale est dominée actuellement par une conception manichéenne du monde. Al Zaïdi (24 ans) et Erdogan(53 ans) sont des observateurs de la vie publique et ils appartiennent l’un et l’autre à une zone géographique, le Moyen Orient, où la conception manichéenne se manifeste sous toutes ses formes. Au début du XXe siècle, les puissances occidentales qui avaient colonisé le monde entier au nom de la civilisation et de la supériorité de la race blanche ont décidé d’attribuer des terres arabes et palestiniennes qui n’étaient pas les leurs à des sionistes juifs européens sous prétexte que c’est écrit dans le Torah. Ces mêmes Etats impérialistes qui se considèrent comme les « forces du Bien » ont aidé à la création en 1948 de l’Etat d’Israël et depuis ils n’ont cessé de le soutenir financièrement et militairement. Quand les pays impérialistes parlent d’Israël, leur créature au cœur du Moyen Orient, c’est pour magnifier ce « havre de démocratie » dans un « oasis de dictatures ». Ils ont d’ailleurs raison quand ils parlent d’oasis de dictatures, car tous les régimes arabes qui entourent Israël sont en fait des dictatures. Mais Israël n’est une démocratie ni une dictature, c’est une colonie occidentale implantée au cœur du Moyen Orient et une colonie ne saurait être par définition une démocratie, car la source de sa légitimité n’est pas le peuple qui le compose mais le système impérialiste mondial. Depuis, plus de soixante, Israël fait des guerres, occupe des territoires arabes, massacre des civils palestiniens et libanais, envahit des Etats et viole délibérément toutes lois internationales en matière de guerre et de droit humanitaire. Tout cela en toute impunité et si par miracle ou par inconscience quelqu’un ose critiquer la sauvagerie sioniste, aussitôt s’enclenchent les sirènes de l’holocauste et de la Shoah pour lui signifier poliment de la boucler sinon il serait poursuivi pour antisémitisme. Toutes les destructions et tous les massacres commis par IsraëL à l’encontre des populations civiles palestiniennes et libanaises sont faits au nom de la lutte des forces du Bien contre les forces du Mal. Quand les Israéliens envahissent le Liban en 1982, ils ont participé avec leurs alliés libanaise de l’époque, les forces phalangistes et fascistes de Bechir Gemayel(assassiné en septembre 1982) au massacre de 1700 civils palestiniens à Sabra et Chatila. Personne n’a osé demander des comptes à Israël et à Sharon. Pourquoi ? Car Israël et Sharon se trouvaient du côté des « forces du Bien ». Il y a eu les deux massacres de Qana au Liban en 1996 et 2006, là aussi personne n’a demandé quoi que ce soit à Israël et à ses responsables politiques et militaires. Pourquoi ? Car ils ont agi en tant que « forces du Bien « contre les forces du Mal.
Au nom de la lutte du Bien contre le Mal, les derniers exploits réalisés par Israël à Gaza sont les suivants :
Les victimes palestiniennes s’élèvent à 1305 dont
- 410 enfants et adolescents(moins de 16 ans
- 108 femmes
- 113 personnes âgées
- 14 médecins
- 4 journalistes
- 5300 blessés
A COMPARER
les victimes israéliennes :
- 13 soldats tués dont
- 9 morts au combat
- 1 abattu par un snipper
- 3 civils par tirs de roquettes
- une douzaine de blessés
En outre, l’aviation et la marine israélienne ont attaqué 2500 cibles dont
4 écoles gérées par l’ONU
un complexe de l’agence de l’ONU d’aide aux réfugiés(UNRWA)
2 bâtiments de presse ;
16 centres médicaux ;
15 ambulances ;
4000 maisons détruites
16 000 maisons endommagés
1500 installations commerciales
51 bâtiments officiels détruits dont ministères
18 écoles et autres centres éducatifs
50 kilomètres de routes endommagés
Pour réparer les infrastructures endommagés, les coûts estimés s’élèvent à 475,9 millions de dollars. Pour les travaux de déblayage, les coûts estimés s’élèvent à 500 millions de dollars. Qui paiera les réparations et les reconstructions ? Sûrement, pas I’agresseur, car il incarne la « force du Bien » contre la « Force du mal » qu’est le Hamas.
les victimes civils palestiniens déchiquetées par les bombes israéliennes
Au cours de son opération militaire à Gaza, Israël a utilisé des armes prohibées par les conventions internationales. Les médecins étrangers et palestiniens ont montré les victimes de ces armes prohibées. C’est le célèbre professeur et chirurgien norvégien, le marxiste Mads Gylyrte qui a apporté son propre témoignage sur l’utilisation par Israël d’armes de guerre prohibées par toutes les lois internationales de la guerre.
victime palestinienne des armes prohibées
Malgré l’holocauste gazaouite, les dirigeants européens n’ont rien trouvé à dire aux dirigeants de leur Etat voyou du Moyen Orient. Bien au contraire, dès la cessation des hostilités à Gaza, menés par les deux sionistes français, Sarkozy et Kouchner, ils se sont rendus en Israël pour féliciter Olmert et son état major pour le formidable travail accompli durant les 22 jours de guerre. En signe de reconnaissance, les Etats-Unis et l’Europe ont conclu avec les Israéliens des accords pour empêcher l’arrivée des armes aux « forces du Mal » dont le Hamas palestinien fait partie. La France a même envoyé sa frégate pour patrouiller au large des côtes avec Gaza pour interdire aux « forces du Mal » d’avoir des armes à se défendre. Pour compléter le panorama de la lutte des forces du Bien contre les forces du Mal, les Egyptiens ont envoyé des hommes s’entraîner aux Etats-Unis pour la détection des explosifs et la destruction des tunnels. Tout récemment, des caméras de surveillance ont été installés tout le long des frontières entre l’Egypte et la bande de Gaza. Aucun des Etats occidentaux, les Etats-Unis et l’Europe et leurs alliés dans la région du Moyen Orient, n’a osé dénoncer clairement le massacre et les atrocités commises par Israël lors de la guerre à Gaza. Au lieu de tout cela, le belge Louis Michel, l’envoyé spécial de l’Union européenne pour la coopération, le développement et l’aide humanitaire, a rendu le Hamas responsable de tout ce qui est arrivé aux palestiniens en la qualifiant d’organisation terroriste. Au lieu de s’en prendre aux bourreaux, on s’en prend aux victimes rendues responsables de leurs propres malheurs. Comme si les Gazaouites et le Hamas étaient des sado masochistes à ce point.
C’est cette vision manichéenne qui donne à certains Etats le droit de tuer, de massacrer et de violer toutes les lois humaines en toute impunité que le premier ministre turc a voulu dénoncer haut et fort. Ce qui a mis Erdogan en colère, c’est le moment où le public présent dans la salle avait chaleureusement applaudi le discours du président israélien, Shimon Peres. Comment un homme normalement constitué peut-il applaudir le discours d’un chef dont le pays a commis les pires des atrocités à Gaza et même ailleurs? C’est l’homme de la rue qui exprime d’habitude sa colère face à une telle injustice mais ce qui est nouveau et inhabituel dans le geste d’Erdogan, c’est que la dénonciation de cette injustice vient d’un haut responsable politique, et pas n’importe qui, car il s’agit du premier ministre d’un grand pays, membre de l’OTAN, qui a reconnu l’Etat sioniste dès sa création en 1948 et qui entretient des relations diplomatiques, commerciales et militaires avec Israël. En outre, la dénonciation a été faite non pas en catimini dans les antichambres mais publiquement devant les caméras du monde entier, ce qui explique les manifestations spontanées en Turquie et dans la rue arabe. L’Express, le quotidien patronal français, a voulu expliquer le geste du premier ministre turc par des considérations électorales. C’est une interprétation tendancieuse de l’incident, car Erdogan n’a pas eu le temps d’agir par calcul politique mais il a tout simplement réagi spontanément à des comportements et des attitudes purement manichéens exprimés par Peres et le public qui l’a applaudi. Ne pourrions-nous pas dire la même chose du général de Gaulle qui s’est enfui en Angleterre par lâcheté pour n’y revenir qu’une fois la guerre terminée ? Malgré leur opportunisme et leur sens de la navigation, les hommes politiques peuvent parfois être sincères et exprimer leur indignation en se dépouillant de leur langue de bois en réagissant de la même façon que l’homme de la rue. C’est le cas du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan qui n’a fait qu’exprimer les sentiments profonds de tous peuples pays du Moyen Orient et c’est pourquoi il est devenu le nouveau héros à côté du président vénézuelien, Hugo Chavez.
DEUXIÈME EXEMPLE DE MANICHÉISME
Depuis quelques jours, les médias du monde entier ne parlent que d’élections en Irak. Cette campagne médiatique internationale est savamment orchestrée par les Etats-Unis, ses satellites européens et ses marionnettes autochtones irakiennes pour vendre au monde entier l’idée que l’invasion américaine de l’Irak a finalement apporté la démocratie au peuple qui peut choisir librement ses représentants grâce à des élections « démocratiques ». Mais cette campagne médiatique sur les élections dans le « nouvel Irak » ne trompe personne sauf évidemment les naïfs et les manichéens. On nous parle d’élections en Irak sans nous dire que ces élections se déroulent dans un dans un pays occupé par 150 000 GI’S et que les électeurs auront à choisir entre des candidats présentés par des partis ayant aidé à l’occupation de leur pays par des troupes étrangères. Ceux qui facilitent l’occupation de leur pays par des troupes étrangères, on les appelle en France les Collabos et ceux qui gouvernent l’Irak aujourd’hui sont des collabos. Mais la question qui se pose immédiatement est la suivante : valait-il la peine de détruire tout un pays pour mettre des collabos aux commandes et pour organiser des élections où les principaux bénéficiaires seront des partis religieux qui sont, outre qu’ils sont des partis collabos, des forces sociales et politiques conservatrices et rétrogrades ? Si l’on se réfère à la conception démocratique occidentale, les partis politiques représentent des citoyens et non pas des groupes ethniques et religieux. Or la « démocratie » dans le « nouvel Irak », issu de l’invasion américaine, c’est la représentation politique des irakiens en fonction de leur appartenance ethnique et religieuse. Ce qui n’a rien à voir avec les critères de la démocratie représentative occidentale. Paradoxalement, c’est la régime ba’assiste qui remplissait les critères de la démocratie occidentale dans la mesure où le parti Ba’as représentait non pas un groupe ethnique et religieux mais tous les irakiens indépendamment de leur appartenance religieuse et ethnique. L’invasion de l’Irak pour y établir une démocratie à l’occidentale a donné des résultats contraires à ce qui était espéré au départ, car ce sont des forces religieuses et ethniques qui dominent la vie politique locale et nationale et non pas des forces démocratiques laïques comme dans le cas des démocraties occidentales.
Parlons maintenant chiffres. Pour obtenir finalement des résultats qui n’ont rien à voir avec la démocratie occidentale, les Etats-Unis ont dû dépenser trois trillions de dollars c’est-à-dire, 3000 milliards de dollars. Avant l’invasion de l’Irak, Rumsfeld avait estimé le coût de l’invasion à seulement 60 millions de dollars, mais cette estimation avait à l’époque été revue à la hausse par le conseiller économique de Bush, Larry Landsay qui avait avancé la somme de 200 milliards de dollars. La guerre en Irak coûte aujourd’hui chaque mois 12 milliards aux contribuables américains. Quand Bush arriva à la Maison Blanche en 2001, le déficit budgétaire était de 5700 milliards de dollars ; il est aujourd’hui en 2009, de l’ordre de 10 000 milliards de dollars. L’Etat américain est aujourd’hui en état de faillite et ce n’est la couleur de peau d’Obama qui va aider en quoi que ce soit à éviter l’effondrement total. C’est pourquoi le secrétaire général de l’OTAN a lancé un appel de détresse aux pays du Golfe pour contribuer à la guerre d’Afghanistan. Cet appel pourrait néanmoins être entendu par le Conseil de la Coopération des Etats du Golfe qui a déjà financé les deux guerres contre les régime de Saddam Hussein. Pourquoi ne financerait-il pas une fois encore une guerre menée par les Américains contre les Talibans afghans et pakistanais ?
Outre ces sommes colossales pour financer une guerre qui a tourné au fiasco, il faut donner quelques chiffres de ses coûts humains. D’après une étude publiée le 21 octobre 2006, par une équipe de recherche de l’université John Hopkins, l’invasion de l’Irak a entraîné la mort de 200 à 300 000 personnes par an ; ce qui équivaut au nombre de victimes tombées sous la bombe atomique lancée sur Hiroshima en août 1945. Depuis bientôt six ans, les Etats-Unis ont lancé sur l’Irak l’équivalent de six bombes atomiques.
D’après un rapport des Nations unis, quatre millions d’irakiens ont été déplacés à l’intérieur de leur pays et 800 000 irakiens étaient contraints à l’exil soit dans les pays voisins comme la Syrie ou la Jordanie soit en Europe et aux Etats-Unis. Les quatre millions réfugiés irakiens ont des difficultés à se nourrir et 40% des 27 millions d’irakiens n’ont pas d’eau potable à boire. D’après un rapport des Nations unies, le tiers des Irakiens vit en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins d’un dollars par jour. Alors qu’en même temps, le nouvel Irak figure parmi les pays les plus corrompus au monde où la corruption sévit à tous les niveaux de l’Etat et dont le coût est estimé à quelques 18 milliards de dollars. C’est le ministère de la défense qui est le ministère le plus corrompu avec une somme détournée évaluée à 5 milliards de dollars.
Depuis l’invasion de l’Irak, 5 500 savants, experts, médecins, ingénieurs ont été assassinés en confiant la sous-traitance au Mossad Israélien et 80% des personnes assassinées appartient au monde scientifique et académique ayant le titre de professeur ou d’assistant, ou titulaire de doctorat ou de diplômés spécialisés dans les sciences et la médecine. Des revues scientifiques ont été détruites et avec elles tous les travaux de recherche dont les coûts de réalisation sont estimés à dix milliards de dollars.
D’après un rapport publié par l’organisation de défense des droits de la femme en Irak, il y a entre 90 et 100 veuves par jour à cause de la violence confessionnelle et l’assassinat sur la carte d’identité, ce qui rappelle la guerre civile libanaise de 1975 à 1990. Rien que dans la capitale Bagdad, il y a 300 000 veuves à côté des 8 millions de veuves irakiennes dans l’ensemble du pays. Cela signifie que le pourcentage des veuves irakiennes représente 35% des populations de ce pays, 65% des femmes et 80% des femmes mariées. Depuis l’invasion américaine, l’Irak est devenu un pays de veuves. Les femmes irakiennes comme d’ailleurs les hommes sont l’objet de violence et d’emprisonnement arbitraires et elles disparaissent sans laisser de traces. Beaucoup de femmes détenues dans les prisons américaines et irakiennes sont torturées et violées par les gardiens et les surveillants des prisons. Cette torture exercée à l’égard des femmes irakiennes emprisonnées sous prétexte de terrorisme a été récemment dénoncée par la seule femme ministre du gouvernement irakien, Nawal El-Samrani qui, dans un entretien avec la chaîne AL Jazira net, a déclaré que beaucoup d’irakiennes disparaissent dans les rues et sur les lieux de travail sans que leurs familles sachent ce qu’elles deviennent ni où elles se trouvent. Celles qui sont l’objet de viol préfèrent s’immoler dans le feu ou se transformer en femmes Kamikazes.
Dans le nouvel Irak, c’est le règne de la violence et de l’arbitraire ; les violations des domiciles à toute heure de la journée et de la nuit où des groupes armés peuvent entrer et enlever sans distinction, homme, femme, enfant, fille et garçon pour les emmener dans des endroits inconnus sans jamais réapparaître. Dans les prisons américaines et les prisons irakiennes, il y a actuellement deux millions de prisonniers qui, avant l’invasion du pays en 2003, travaillaient normalement et qui exerçaient un métier pour faire vivre leurs familles. Au lieu d’une vraie démocratie, dans le nouvel Irak, les Etats-Unis n’ont fait qu’appliquer les recettes expérimentées par les dictatures militaires mises en place toute l’Amérique Latine. La torture, les assassinats, les arrestations arbitraires, les disparitions qui sont aujourd’hui monnaie courante dans le nouvel Irak, ce sont en réalité des anciennes méthodes importées du Chili de Pinochet et de l’Argentine de Videla entre autres. Pour se décharger sur des bourreaux aux couleurs locales, les envahisseurs américains et anglais ont formé une véritable armée de bourreaux irakiens en leur inculquant les méthodes et les techniques de torture pratiquées jadis par l’armée et les services de sécurité de Pinochet au Chili. Certes la prison d’Abou Graib a été fermée, mais ce sont les mêmes méthodes et les techniques qui continuent dans les autres prisons américaines et irakiennes. Des centres de détention et d’emprisonnement dépendants des milices gouvernementales continuent aussi à fonctionner à plein régime. Même les hôpitaux sont devenus des centres de détention et de torture où des malades de confession sunnite sont exécutés de sang froid. D’après des statistiques officielles, 120 000 personnes sont passées par les prisons américaines et entre 300 000 à 500 000 dans celles des milices chiites. Des milliers de cadavres ont été jetés dans les rues et dans les décharges publiques. Sur ces cadavres apparaissent des traces de torture par l’électricité. 150 000 prisonniers sont actuellement détenus sans l’existence d’aucune charge à leur encontre.
Mais une guerre coloniale n’est jamais une promenade de santé pour les peuples soumis et colonisés, elle n’est pas non plus pour les colonisateurs et leurs armées. A ce jour, d’après les statistiques du Pentagone, 4236 soldats américains ont été tués en Irak non pas dans des accidents de la route mais par la résistance irakienne. A ce nombre de morts s’ajoutent quelques 26000 blessés. D’après une étude du service de la santé mentale de l’armée américaine parue en 2007, 28% des soldats envoyés dans les zones de combat en Irak est gravement atteint de troubles mentaux et psychiques et que le nombre de soldats américains devenus alcooliques, drogués ou ayant des problèmes conjugaux a augmenté de 85% depuis l’invasion de l’Irak. On comprend fort aisément la montée en flèche du nombre d’innocents irakiens tués par de soldats devenus fous et hystériques qui tirent sur tout ce qui bouge. Au mois de janvier 2008, l’armée américaine a reconnu que le nombre de suicide ou de tentatives de suicide parmi les soldats a considérablement augmenté puisqu’elle dénombre plus de deux mille soldats ayant tenté de se suicider en se mutilant en 2006 contre 375 en 2002. Selon une étude publiée il y a seulement deux jours, le nombre de suicide parmi les soldats américains en Irak et en Afghanistan a augmenté de 11% en 2008 avec 128 suicides en 2008 contre 117 en 2007. Le taux de suicide parmi les soldats américains est plus élevé que celui parmi les civils, puisqu’il représente 20,2 suicidés pour 100 000 soldats contre 19,5 pour 100 000 civils. En un mot, les méthodes et les techniques de torture rendent fous et déséquilibrés non seulement leurs victimes mais aussi leurs boureaux et leurs tortionnaires.(voir à ce sujet les descriptions de Franz Fanon sur les troubles mentaux des algériens torturés par l’armée française, dans « les damnés de la terre », chapitre 5, Guerre coloniale et troubles mentaux).
Au lieu de parler et de décrire la dictature mise en place dans le « Nouvel Irak » libéré, les médias aux Etats-Unis et en Europe préfèrent parler d’élections pour faire croire à leurs opinions publiques que l’Irak de l’après Saddam Hussein est devenu une démocratie avec la parodie électorale. Loin d’être cette démocratie conçue et rêvée par Bush et les néocons américains, l’Irak de l’après Saddam est une copie conforme des dictatures militaires mises en place par les Etats-Unis dans les années 1960-1970 en Amérique Latine. L’Irak d’aujourd’hui ressemble à bien des égards à la dictature militaire de Pinochet au Chili et à celle de Videla en Argentine pour ne citer que ces deux pays. Si les Irakiens vivaient vraiment dans une démocratie, le journaliste irakien, Mountazer Al-Zaïdi aurait remercié son sauver Bush par un bouquet de fleurs et par un baiser sur le front de son libérateur. Ce qui est loin d’être le cas, puisque le journaliste irakien a préféré exprimer ses sentiments personnels en jetant ses chaussures dans la figure de George Bush en signe de baiser d’adieu. Si le peuple irakien vivait réellement dans la démocratie promise par Bush, il aurait lynché à mort le journaliste Mountazer Al-Zaïdi. Or, l’image des chaussures jetées à la figure du président américain George Bush a immédiatement mobilisé dans les rues de Bagdad et dans toutes les villes irakiennes, des centaines de milliers de manifestants scandant le nom de celui qui, par ce geste vengeur, a exprimé les sentiments profonds de tout un peuple. Depuis, le nom d’Al Zaïdi a fait le tour de la terre avec des manifestations de soutien dans tous les pays arabes. Même une statue sous forme de chaussure avec l’image de Bush a été très récemment érigée à Tikrit, la ville natale de Saddam Hussein(voir photo). Le peuple irakien est-il idiot à ce point pour ne pas comparer entre la « démocratie » promise par Bush et la « dictature » de son ancien président Saddam Hussein ?
Si les Etats-Unis et l’Europe ne condamnent jamais les atteintes et les violations des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens et en Irak, c’est parce qu’ils sont persuadés qu’ils incarnent les forces du Bien contre les forces du Mal. C’est cet esprit manichéen qui renforce le sentiment d’injustice parmi les peuples opprimés du Moyen Orient, un sentiment exprimé d’une façon symbolique et par les Chaussures d’Al-Zaïdi et par la colère d’Erdogan. Au fur et à mesure de l’exacerbation des tensions internationales, il faudra s’attendre désormais à d’autres réactions beaucoup plus violentes que « les chaussures de la vengeance » du journaliste irakien Mountazer Al-Zaïdi et la colère du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan.
FAOUZI ELMIR
Mots-clés : manichéisme, politique internationale, démocratie, dictature, Al Zaidi, Erdogan


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