STRUCTURALISME, IDEOLOGIE ET POLITIQUE(I)
STRUCTURALISME, IDÉOLOGIE ET POLITIQUE(I)
Claude Lévi-Strauss fête le 29 novembre 2008 ses 100 ans, un événement célébré en grande pompe par l'Etat français et par les medias. Le vendredi 29 novembre, jour de son anniversaire, Lévi-Strauss a reçu la visite du chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy. Cet anniversaire a été célébré dans plus de 25 pays à travers le monde. Un colloque a été organisé au Collège de France dont Lévi-Strauss était professeur pour rendre hommage à « « l'un des grands intellectuels du 20e siècle » et à une pensée « la plus complexe du XXe siècle » selon son directeur Mr Descola. Pour l'anticommuniste primaire Hélène Carrère d'Encausse, la secrétaire perpétuelle de la réactionnaire Académie française dont Lévi-Strauss est membre depuis 1973, cet anniversaire va au-delà de toute « célébration familiale ». La chaîne culturelle Arte a diffusé jeudi 28 novembre pendant douze heures non stop, de midi à minuit, des films, des documentaires et des interviews de Lévi-Strauss ou des disciples influencés par son œuvre. Au musée Branly exceptionnellement ouvert au public, des films ont été projetés, des conférences et ds visites guidés organisées pour permettre au plus grand nombre de visiteurs de venir écouter et admirer la vie et l'œuvre de Claude Lévi-Strauss. Le musée Quai Branly qui reçoit 1,3 million de visiteurs chaque année a été l'un des grands projets culturels réalisé sous la présidence de Jacques Chirac grand amateur d'anthropologie et défenseur comme son mentor Lévi-Strauss, de la rencontre des civilisations. A cette occasion, une centaine de chercheurs et écrivains étaient venus lire et présenté les textes du célèbre anthropologie comme le philosophe Roger Pol-Droit qui avait lu quelques extraits des « Tristes Tropiques » un ouvrage publié en 1955. La ministre de la culture Christine Albanel et la ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Pécresse ont participé à la célébration de l'évenement avec une plaque dédiée à Claude Lévi-Strauss. Au cours de la cérémonie, Valérie Pécresse a annoncé la création d'un prix Claude Lévi-Strauss d'un montant de 100 000 euros qui sera attribué à un chercheur en « sciences humaines ».
Né à Bruxelles en 1908, Claude Lévi-Strauss part au Brésil dans les 1930 pour étudier les « sociétés primitives ». Juif, il quitte la France pour les Etats-Unis après la capitulation de 1940. Arrivé à New York, il enseigne pendant huit ans à l'institut pour la Recherche sociale. Pendant son séjour, Claude Lévi-Strauss a été influencé par les anthropologistes américains notamment Franz Boas. Revenu en France après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il enseigne au Collège de France et il est élu membre de l'Académie française en 1973.
Quand on évoque le nom de Claude Lévi-Strauss, on pense immédiatement au structuralisme et à l'anthropologie structuraliste. Le courant structuraliste né après la Seconde Guerre mondiale domine la scène intellectuelle en Europe et aux Etats-Unis durant deux décennies, de1950 à 1970. L'émergence du structuralisme coïncide avec une période critique dans l'histoire du monde occidental. Le triomphe du structuralisme est dû à la crise de l'idéologie dominante dans le monde capitaliste mais aussi à une attente de la part de l'intelligentsia. Ce qui a propulsé le structuralisme sur la scène intellectuelle, académique et médiatique, c'est sa fonction de remplir un vide idéologique à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Le cas du structuralisme ne diffère guère de celui du néolibéralisme(l'archéo-libéralisme) au début des années 1980, car, dans les deux cas, leur émergence et leur triomphe sont liés à la crise du monde capitaliste et à celle de son idéologie. On peut même remonter au milieu du XIXe siècle avec l'évolutionnisme, le darwinisme, la sociobiologie etc qui ont dominé la scène intellectuelle non pas grâce à leur cohérence logique ou à leur potentiel épistémologique et explicatif mais parce que le capitalisme avait alors besoin au cours de cette période située entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, de ces théories pour légitimer un système concurrentiel et impérialiste national et international. le darwinisme, le libéralisme, le structuralisme etc, ont été fabriquées pour le besoin d'une même cause : venir au secours d'une idéologie en pleine crise. Tout ce foisonnement de « théories » donne l'impression d'une grande effervescence intellectuelle mais en réalité, elles visent toutes la même chose, obtenir la soumission des élites intellectuelles et des masses à un ordre établi.
RUSE DE LA RAISON ET BRICOLAGE IDÉOLOGIQUE
Avec l'effondrement des régimes fasciste et nazi en Italie et en Allemagne, les Etats capitalistes se sont trouvés discrédités idéologiquement face au communisme et au marxisme. Le libéralisme et des droits des droits de l'homme ne faisaient plus de recettes aux yeux des élites et si par malheur vous prononciez des mots grossiers, tels que droits de l'homme ou libéralisme, vous étiez considéré comme un fou, immédiatement embarqué dans une ambulance et conduit à l'asile psychiatrique le plus proche. Mais un capitalisme sans une idéologie d'accompagnement est quelque chose d'inconcevable, car il faut absolument justifier les mécanismes de l'extorsion de la plus-value qui est à l'origine de l'exploitation des travailleurs par le capital. Pour mener sa croisade anticommuniste de l'après-guerre, Truman n'avait que son American way of life à dégainer. C'est pour remédier à cette vacuité idéologique, qu'il fallait bricoler à tout prix et coûte que coûte un nouveau socle théorique.
Cette crise idéologique de l'après-guerre n'était ni la première ni la dernière dans l'histoire du capitalisme. Après chaque crise économique, il fallait procéder à tout un nouveau travail de recyclage, de remaniement, d'assemblage et de réélaboration en puisant dans les ensembles de la culture occidentale pour faire du neuf avec du vieux. Sur ces incessants transformations du champ idéologique et culturelle, le concept de la ruse de la raison de Hegel nous a paru un concept heuristique et explicatif. Les idéologies comme tous les corpus philosophiques et anthropologiques sont soumis sans cesse à un phénomène d'usure et d'érosion à l'instar des phénomènes géologiques : usure de la raison par ses propres limitations, usure des systèmes et des certitudes par leur remise en cause permanente. Cette usure est due à la volonté des groupes de les mettre en œuvre mais qui se heurte au verdict du réel qui n'est jamais représenté tel qu'il est dans la théorie. Inscrite au cœur de l'action, de la politique et de l'histoire, la ruse de la raison n'éclaire pas des réalités cachées et dissimulées, elle fournit aussi une explication de la loi de fonctionnement et des mécanismes des productions politiques et idéologiques.
En tant qu'effet de système, la ruse de la raison a été la technique de pointe de la bourgeoisie pour réanimer son idéologie moribonde et sans cesse démasquée en tant qu'idéologie par les contradictions du réel. Ainsi, pour légitimer une société fondée sur la concurrence, l'idéologie bourgeoise était-elle obligée de faire appel tour à tour à la nature humaine et à la biologie. La nature humaine a constitué le principe de base de la philosophie politique classique dont les représentants sont Machiavel, Descartes et Hobbes. Avec la nature humaine, l'idéologie bourgeoise a ainsi pu naturaliser les sociétés humaines présentées comme une association d'hommes dressés les uns contre les autres. S'il y a des hommes qui bouffent d'autres hommes à l'issue de la compétition, c'est la nature humaine qui l'impose et personne n'a le pouvoir d'y déroger. La concurrence et la compétition entre les hommes se trouvent ainsi légitimées par une loi immanente et immuable, la nature humaine. De Machiavel à Hume, ruse et raison passaient l'une dans l'autre détruisant les liens de la politique et du savoir. Pour masquer les inégalités engendrées par le mode de production capitaliste, la philosophie politique à l'âge classique a inventé la théorie du contrat social. Au rapport vertical et hiérarchique de l'ordre féodal, l'idéologie bourgeoisie substitue le rapport égalitaire du contrat où les classes sociales s'avnouissent et où les intérêts et les antagonismes sociaux se cachent sous les prétendus rapports contractuels et consensuels. Avec le concept de contrat social, les idéologues de la bourgeoisie évacuent l'inégalité de fait entre les parties à l'échange en inventant la fiction transcendante qu'est l'Etat, le fameux Léviathan de Hobbes. C'est pourquoi Vico et Hegel se moquent des douces illusions des philosophes du contrat social. Ce sont Robespierre et le régime de la Terreur qui ont mis à nu les caractères illusoires et donc idéologiques des principes universels de la Révolution française, la liberté, l'égalité et la fraternité démasqués et rendus impossibles par le régime de la propriété capitaliste. Après cette faillite idéologique, la bourgeoisie française avait mis en sourdine les idéaux de sa Révolution et ceux du Siècle des Lumières pour aussitôt les remplacer par une nouvelle variante idéologique, le libéralisme de Benjamin Constant, de François Guizot et d'Alexis de Tocqueville. Quand le libéralisme de la première moitié du XIXe siècle s'est trouvé en porte à faux et ne faisait plus recette, la bourgeoisie a inventé l'idéologie républicaine et le nationalisme. Pour coloniser le continent africain, les idéologues de la bourgeoisie avaient mis au point le concept de la mission civilisatrice de l'Europe capitaliste. Pour donner un semblant de légitimité à ses guerres colonialistes et impérialistes de la fin du XIXe et début du XXe siècle, l'Europe capitaliste fait appel à la science et à la biologie et ce n'est pas par hasard que l'ère impérialiste et de la politique de l'expansion colonialiste européenne a coïncidé avec la naissance des sciences humaines fondées sur l'évolutionnisme, de Spencer et de Darwin, sur le positivisme d'Auguste Comte et sur la vision synoptique de De Quatrefages. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monde capitaliste s'est trouvé en panne d'idéologie et d'intelligentsia. Pour ce faire, il fallait inventer à tout prix une nouvelle idéologie et former une nouvelle intelligentsia.
FAOUZI ELMIR
DEUXIEME PARTIE :
PLAN MARSHALL POUR LA FORMATION D'UNE INTELLINGTSIA ANTICOMMUNISTE


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